A l'OMC, Fischler et Lamy ont trahis les paysans européens et des pays du Sud au profit des transnationales.

Signé à la va-vite en plein été dans le dos des opinions publiques, l'accord obtenu à l'O.M.C. le 31 juillet entre les 147 pays membres est un nouveau coup dur pour les paysanneries, en Europe comme dans les pays du Sud. Il permet aux pays du Nord de préserver leur système de soutien interne découplé, qui contribue à ce que le revenu des paysans dont les cultures sont subventionnées soit constitué essentiellement de paiements publiques et non de la vente de leur production. Ce système représente d'une part une injustice vis à vis de tous les producteurs européens des secteurs non-soutenus (fruits et légumes, vin,…) et d'autre part vis-à-vis des paysans des pays du Sud dont les productions sont placées en concurrence avec des produits vendus à des prix ne correspondant pas aux coûts de production. En outre, cet accord est un nouveau pas vers le démantèlement des barrières douanières, seule protection légitime, puisque accessible à tous les pays riches comme pauvres, qui permettrait de maintenir les prix des produits agricoles et ainsi les revenus des paysans dans le monde entier. Si celui-ci permet la reprise des négociations du cycle de Doha, ironiquement appelé " cycle du développement ", il fait avant tout apparaître la volonté des pays du nord de maintenir abusivement, par le découplage des aides, le maintien des soutiens internes et le refus de mettre en place une véritable politique de maîtrise de l'offre, leur orientation exportatrice. Il s'agit prioritairement, pour nos dirigeants politiques, de garantir aux transnationales agro-alimentaires un approvisionnement à des prix indûment bas, et cela au détriment du revenu des paysans.
Alors que les échanges mondiaux représentent moins de 10% de la valeur de la production agricole et alimentaire totale, nos dirigeants politiques font en sorte que le commerce international détermine l'ensemble des politiques agricoles ! Ces accords encouragent jours après jours une délocalisation accrue des productions, l'industrialisation de la production agricole au détriment de l'agriculture paysanne et des échanges inéquitables entres les peuples. Comment de tels responsables peuvent ils se faire les chantres du développement durable, alors que ces orientations consommatrices d'énergie et dévastatrices d'emplois ne feront qu'accroître à très court terme les problèmes de faim et de pauvreté dans le monde ? Et comment peuvent-ils se féliciter que ces accords permettent de maintenir une PAC synonyme de désertification des campagnes et de la disparition de milliers de paysans chaque année en Europe ?
La CPE et une cinquantaine d'organisations de tous les continents souhaitent que la PAC du 26 juin ainsi le Farm Bill américain soient réformés, afin de s'orienter au niveau mondial vers une politique de souveraineté alimentaire. Fischler et Lamy et les gouvernements européens s'entêtent dans la voie de la dérégulation, alors que celle-ci s'est déjà depuis longtemps prouvée désastreuse pour tous les paysans du monde. A l'évidence, ce n'est pas leur sort qui les intéresse, mais bien plus la préservation d'un système qui gonfle artificiellement les profits des multinationales de l'agro-industrie. et les éventuels excédents de la balance commerciale des pays du Nord.
La CPE et ses organisations membres vont continuer à se mobiliser pour faire échouer cet accord, comme elles l'ont fait à Seattle et à Cancun.