19 Novembre 2002 - INTERNATIONAL - Italie
" On n'emprisonne pas les idées "

Pour Gianni Fabbris, porte-parole d'Altragricoltura, une association des paysans italiens membre de Via Campesina, l'arrestation de vingt militants italiens et la nouvelle peine de prison promise à José Bové en France participent du même mouvement de criminalisation de la contestation et des idées qu'elles portent.
Quel regard portez-vous sur l'arrestation de vingt militants des réseaux du Sud de l'Italie en lutte pour une mondialisation des droits ?


Gianni Fabbris. Nous sommes en train d'en analyser le contexte. Il y a un rapport du Regroupement des opérations spéciales (ROS) de la gendarmerie qui est intervenue très lourdement contre les manifestations à Gênes qui tend à démontrer qu'à l'intérieur du mouvement il y a des franges violentes. Ce rapport circulait depuis des mois dans différents parquets en Italie : à Turin et à Gênes par exemple, les parquets n'en ont pas voulu comme élément à partir duquel travailler sur le plan juridique. Au bout du compte, c'est le parquet de Cosenza, un des plus marginaux en Italie, qui s'en est emparé.
Les chefs d'inculpation sont proprement incroyables, il n'y a aucun élément d'accusation concrète contre des actes qu'auraient commis ces militants. Les accusations sont très " XIXe siècle " d'un point de vue linguistique, mais aussi sur le fond. Ces chefs d'inculpation reposent tous, non sur des gestes, mais sur une idée, celle de la " subversion de l'Etat ".
En fait, les objectifs politiques de cette opération sont très clairs: éloigner l'attention de la magistrature sur les responsabilités des forces de l'ordre dans la répression violente à Gênes et à Naples ; frapper ce mouvement dans un moment où il croît, où il se renforce encore et où il vient de démontrer à Florence qu'il ne cède absolument pas à la violence; tenter de diviser ce mouvement entre les " bons " et les " méchants "; et enfin, chercher à déplacer ce mouvement sur le seul terrain de la réponse à la répression, en nous empêchant de développer nos initiatives sur le terrain social dans cet automne qui s'annonce très chaud face au gouvernement. Mais depuis ces arrestations, les manifestations rassemblent des dizaines de milliers de personnes dans toutes les villes d'Italie, car on n'emprisonne pas les idées.

Aujourd'hui, en France, la Cour de cassation rend son jugement contre José Bové. Vous ne manquez pas de faire le lien avec la répression en Italie.

Gianni Fabbris. Les dernières résolutions prises lors des Conseils des ministres européens vont dans ce sens. On commence à introduire à de multiples reprises dans les documents européens que le fait de s'opposer à cet état de fait est comparable au terrorisme international. Tous les textes vont dans cette direction. Au forum social européen, nous avons adressé aux mouvements internationaux et italiens cet appel à la solidarité avec José Bové, car cela ne concerne évidemment pas que la France, mais les espaces de démocratie, de débat, de confrontation pour tous les mouvements européens.
L'attaque contre José Bové est symbolique, exactement comme le sont les emprisonnements de militants ces derniers jours en Italie. Avec Altragricoltura, nous organisons aujourd'hui une manifestation devant le consulat français de Milan et nous travaillons pour que des forces politiques italiennes, présentes au Parlement européen, fassent une motion pour demander à la présidence de la République française de gracier immédiatement José Bové. Il faut à présent reconnaître la grande force de nos mouvements en Europe et garantir absolument l'espace démocratique qui, à force de criminalisation des idées, rétrécit toujours plus depuis quelque temps.

Entretien réalisé par T. L.
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http://www.humanite.fr/journal/2002/2002-11/2002-11-19/2002-11-19-001.html